En service à l’hôpital Laquintinie de Douala, celui qui reçoit plus de 6000 malades mentaux l’an a décidé d’être psychiatre malgré les railleries de ses proches.

Sur son bureau en cet après-midi du 18 aout 2022, une pile de carnets s’amoncèlent. Il est 13h40. Pourtant, la journée de travail de ce psychiatre est encore bien longue. Une dizaine de patients ont déjà été reçus en consultation. Et une dizaine d’autres attendent d’être reçus. « A cette allure, je ne suis pas sûr de quitter le bureau avant 20h» lance-t-il serein. « J’arrive à l’hôpital très souvent vers 6h30 ou 7h30. Une fois au bureau, je fais d’abord un travail interne sur moi, parce qu’il faut se vider un peu. Ensuite, je reçois des patients jusqu’à 17h, voir 20h-21h pour certains jours. Je passe en salle d’hospitalisation le soir, quand les garde-malades sont là, ce qui permet qu’on échange ensemble. Je termine généralement tard », note-t-il.

Cependant, Dr Christian Eyoum ne consulte pas tous les jours. « Je fais les consultations deux jours par semaine. J’ai un jour de recherche. Et deux autres jours où je travaille avec les familles des malades, parce que la maladie mentale impacte toute la famille. Donc, il faut expliquer des choses aux parents des malades », explique-t-il. Des moments d’échange avec les proches des patients que Dr Christian Eyoum affectionne. En témoigne la rigueur professionnelle avec laquelle il s’adonne à son travail.

Une passion née au contact des personnes vivant avec le VIH

Dr Christian Eyoum expose sur l’épilepsie et les comorbidités psychiatriques

Celui qui est aujourd’hui le chef service de psychiatrie à l’hôpital Laquintinie de Douala ne rêvait pourtant pas de faire des études dans cette filière. Son ambition de devenir médecin anesthésiste-réanimateur ou encore neurologue s’est envolée au contact avec les personnes vivant avec le Vih.

« Un an après ma sortie de la faculté de médecine et des sciences biomédicales de l’université de Yaoundé 1, je suis affecté à l’hôpital de district de Foumban où il y a une Unité de prise en charge (Upec) du Vih. Je rencontre des gens qui ont une maladie dont ils ne guériront pas, et à qui je prescris des médicaments qui ne vont pas enlever la maladie en eux. Je dois apprendre à leur expliquer qu’ils doivent se prendre en charge sans nécessairement guérir. Je dois garder le secret médical sur leur statut sérologique, les traiter dans la plus grande discrétion. Ces moments de secret, de jeu de mots, de silence, d’accompagnement, d’écoute intense et active, ont transformé le jeune médecin généraliste que j’étais. Et c’est comme-çà que je deviens psychiatre », relate-t-il.

Dr Christian Eyoum, Psychiatre

Nous sommes en 2004. Sa décision de devenir psychiatre surprend son entourage qui se moque de lui, arguant qu’il finira pauvre, et même fou comme les patients qu’il prendra en charge. Ce qui ne décourage pas ce médecin formé entre 1997 et 2003 à la faculté de médecine et de sciences biomédicales de l’université de Yaoundé I. Dr Christian Eyoum passera presque 5 ans à l’hôpital de district de Foumban où il occupera les fonctions de coordinateur de l’Upec en 2006, et Directeur par intérim de cet hôpital en 2006, jusqu’à son départ pour le Sénégal en 2009, pour une spécialisation en psychiatrie. Il obtient un DES de psychiatrie, puis s’envole pour la France. Il y passe deux ans et obtient un diplôme universitaire de psychologie et psychiatrie de la personne âgée, et un diplôme universitaire de suicidologie.

6000 patients consultés chaque année

Revenu au Cameroun en 2013, il est nommé en septembre 2014 chef de service de psychiatrie de l’hôpital Laquintinie, où il remplace Dr Jean Louis Jon, très célèbre psychiatre dans ce service de 2000 à 2014. Dr Christian Eyoum est par ailleurs enseignant à la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques de l’université de Douala. La tâche est ardue, avec environ 6000 patients consultés l’an. Une carrière marquée par des moments de joie et de tristesse. Des moments de joie, lorsque ses patientes, à l’instar de l’artiste musicienne Daphné, finissent par briser le silence sur leur viol. Des moments de tristesse notamment marquées par les multiples victimes de l’accident ferroviaire d’Eseka qu’il a reçu en consultation. Des moments difficiles qui n’entament pas la détermination de ce père de famille quadragénaire, à être à l’écoute de ses patients, et à soulager leur souffrance.

Cet ancien “libermanien”, poète dans l’âme, entre deux occupations, ne manque pas d’animer sa page Facebook EC Thoughts. Plus de 1600 abonnés y lisent chaque semaine ce qu’il qualifie lui-même de “FOUS THÈSES”.

Capture écran de la page EC Thoughts animée par Dr Christian Eyoum.

Il y écrit de manière poétique des citations de certains de ses patients en consultation et parfois pose un regard à la fois ironique et profond sur les scènes de notre vie quotidienne…Pour le bonheur de ses abonnés. Ne dit-on pas que les mots guérissent l’âme ?!

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4 Replies to “Dr Christian Eyoum: « le docteur des esprits dérangés””

  1. EVELYNE LAMERE MEFIRE 1 mois ago

    Je suis contente de savoir que l’idée de devenir psychiatre est parti de Foumban.

  2. Kemme Kemme Marileine 1 mois ago

    Récit poétique et inspirant, à l’image même de son Héro. Bravo ! Tous mes encouragements et merci de nous montrer la voie.

  3. Jean Mermoz Ndondji 1 mois ago

    Je remercie le Dr EYOUM dont je fus un patient.
    Que Dieu vous bénisse abondamment.

    1. Hôpital Laquintinie 4 semaines ago

      Merci monsieur

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